Que sont les projections « Anthologie de la forêt noire » et « Anthologie de la forêt blanche »  ? 

Ce sont les représentations des rythmes du temps de l’âme humaine – la poésie, cet art total dépouillé d’ornements, l’art des pauvres saisis par les cieux.

Le langage qui réside au cœur de l’expérience humaine est le vecteur de l’avancement culturel et l’écho du message de la Nature inscrit jusque dans nos cellules. Quel est ce message ? Que dit-Elle ? Que disons-nous ? L’histoire, notre histoire des rencontres et des pertes, notre histoire des métamorphoses, de la transformation de la psyché.

Dans l’Antiquité les poètes conversaient avec les dieux et les daïmons. Au Moyen Âge les artistes (artifex) cherchaient à pénétrer les secrets de la Nature et nous ont légué les textes hermétiques. Au XIXe siècle, les romantiques ont perçu l’inséparabilité de l’extérieur et de l’intérieur et ont projeté leurs sentiments dans les paysages. L’Époque Moderne a renoué avec le mythe païen à travers l’Art Nouveau.

Mais ces images magiques ainsi projetées dans les paysages et jusque dans les étoiles se sont progressivement intériorisées dans la culture contemporaine et sont devenues des abstractions, des fonctions, ou des complexes. Elles se sont taries à l’arrière-plan de notre monde de plus en plus rigide, à la poursuite d’une croissance économique sans fin et sans limites, détruisant le vivant.

Cependant, elles continuent à régir notre cœur et fasciner notre esprit, telles les images énigmatiques dotées d’un pouvoir centrifuge de nos rêves, de certaines œuvres picturales ou cinématographiques.

Quel est le sens de leur existence, si ce n’est de se renouveler au-travers des âges avec leurs tensions respectives, de s’inscrire dans le temps linéaire, et d’émerger au présent ?

Les poètes, les bardes, les aèdes, les chanteurs sont toujours les premiers à se dépouiller des postures sociales afin de se renouveler avec le cœur de l’humanité, toujours aussi désireux et assoiffés d’harmonie. Même si aujourd’hui leurs voix ne sont souvent perçues que comme le bruit des vagues, les poètes expriment le message de l’unité, qui a le pouvoir de régénérer et renouveler les tendances culturelles.

Les projections « Anthologies de la Forêt Noire et Blanche » et la performance sonore « Inscription-Intervalles » rendent hommage à cette tradition d’écriture.

Ce sont des marques d’extériorisation des objets inaccessibles, des expériences passées.

C’est la voie de la différenciation de la conscience, de l’intégration non seulement des expressions de la lumière, mais aussi de l’ombre et de la perte, puis de la transmutation qui en résulte.

Photo Installation : G5 2019

Le concept des Anthologies de la forêt noire de la forêt blanche.

Selon les mythes Platoniciens et les philosophes orientaux, l’inspiration nous vient de l’extérieur, elle tombe du ciel, glisse depuis les cimes des arbres ou depuis la mer dans un réceptacle précieux que représente le cerveau. Ainsi sont les textes inscrits dans ces paysages panoramiques de visions–révélations qui descendent sur terre, puis montent dans le ciel dans un mouvement constant.

Le paysage symbolique de la Forêt Noire se morcelle, se liquéfie et se déchire tel le fragment d’un rêve ou d’une vie perdue, oubliée, pour dévoiler le vide fondamental indestructible, puis revenir à son apparence solide et différenciée, dans la Forêt Blanche, baignée dans la lumière du renouveau. Il exprime le processus de transfiguration au travers de trois états – solide, liquide et aérien – projetés sur l’espace environnant.

La capacité à nous projeter fait de nous des êtres sensibles, dotés d’empathie, même lorsque la sensation d’isolement dans le noir atteint son paroxysme.

C’est ce simple décalage, cette micro-distance qui nous permet de nous percevoir nous-mêmes, et crée paradoxalement l’effet de soulagement face à l’absence et la perte.

Depuis le temps de la préhistoire ce processus semble inchangé. Puisque nous pouvons nous projeter, nous pouvons façonner l’autre à notre image. Ainsi notre interaction-transformation devient l’histoire de notre résilience et s’inscrit dans la mémoire du monde.

Genèse.

En 2015 Olek Yaro réalise une série de photos dans la forêt landaise à partir de la fenêtre de la voiture qui roule dans la nuit et annonce le décès imminent de son père, ancien liquidateur de l’avarie de Tchernobyl.

Durant les trois mois qui suivent, jusqu’au « jour-J », elle écrit « Anthologie de la Forêt Noire », suivie de « Anthologie de la Forêt Blanche », antichambres du deuil pour un héros solaire.

Originellement destinés à l’impression géante, pour une salle panoramique, les images et les textes deviennent une fresque animée, exposée au G5 en 2019.

Au printemps 2020, Clément Musy écrit la musique originale de ce film muet, qui le propulse au niveau d’une œuvre audiovisuelle à part entière.

Description technique. 

Projection audiovisuelle, cinéma expérimental, film minimaliste.

Durée :  1h26.

Format film vidéo 1620 x 1080 pixels, 1h26 mn.

< Visualiser l’AFN en format pdf >

Format film vidéo 1620 x 1080 pixels d’environ 90 mn.

< Visualiser l’AFB en format pdf >

La performance sonore Inscriptions – Intervalles.

La performance sonore, d’environ 50 minutes, est basée sur le même principe alchimique de transformation de la matière organisée en un chaos déstructuré et sa réorganisation nouvelle.

Olek Yaro et David Bouguier présentent leurs compositions (néo rock progressif), accompagnées de boucles sonores « noise », qui créent des intervalles musicaux et la dissociation et la multiplication des sons et des voix, grâce à la manipulation des paramètres sonores et l’intégration de l’imprévu, liée au principe de la performance live.

Écouter les bandes démos 2019 d’Olek Yaro & David Bouguier >>>

Photos Live : Anka Zaioncicovski 2019

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